
Présidentielle / Edito
Pour ne pas prendre le risque de se louper
Cette présidentielle brouille les repères traditionnels et disperse comme jamais les intentions de votes chez les gays comme dans l'ensemble de l'électorat. Et ce alors que deux candidats explicitement anti-LGBT peuvent l'emporter.
E-llico.com / Actus
Pour ne pas prendre le risque de se louper
Présidentielle / Edito
Mis en ligne le 20/04/2017
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Ce jour-là, en découvrant ses propos dans l'Obs, on s'est dit qu'on ne pourrait pas voter en faveur de celui qui apparaîsait déjà comme le favori de l'élection présidentielle avec Marine Le Pen.
Comment donner sa voix à un homme qui par opportunisme politique ou confusion intellectuelle jugeait que les humiliés du grand débat autour du mariage pour tous avaient été les militants de la Manif pour tous?
On l'a cru volontiers, alors, lorsqu'il a démenti être gay, car s'il l'avait été, il n'aurait pu avancer pareille analyse, blessé qu'il aurait été dans son identité comme nous l'avons tous été par des propos, des slogans, des insultes abjectes répétées des mois durant par des hordes d'homophobes radicalisés.
S'apercevant de sa lourde bévue, pour ne pas dire sa faute, il a tenté de redresser le cap et a aligné au fil des semaines une défense de la loi Taubira, un parti pris en faveur de la PMA et un ensemble de propositions pour lutter contre l'homophobie, là où les candidats estampillés "de gauche" faisaient le service minimum sur le sujet empêtrés qu'ils étaient à se concurrencer pour incarner la pureté idéologique et surtout le leadership d'un camp objectivement minoritaire et incapable de remporter l'élection.
En face, les deux candidats de droite et d'extrême droite, François Fillon et Marine Le Pen, opposés à la loi Taubira sur le mariage gay qu'ils veulent modifier ou abroger, semblaient ne pas avoir de quoi séduire le moindre électeur soucieux de défendre ses intérêts et son intégrité de LGBT - même si des études sérieuses montrent que les choses sont plus compliquées qu'il y paraît et que le Front National séduit aussi certains électeurs homosexuels.
Dans une configuration où l'incertitude domine et où le risque de voir le candidat de droite pourtant décrédibilisé se qualifier pour le second tour et gagner la présidentielle puis appliquer une politique radicalisée par ses alliés de Sens commun sur les questions de famille, de genre, d'éducation et de culture, difficile de ne pas se poser la question du vote stratégique.
Hamon étant clairement hors course après une campagne à côté de la plaque et quoi qu'en dise l'intéressé et ses partisans chauffés à blanc par des sondages porteurs, Mélenchon au mieux bon 3ème, on en revient à ce fameux Macron qui pourraît bien avoir gagné son pari en s'installant habilement comme seul rempart possible à deux candidats dont l'élection constituerait dans un cas une régression assurée ou pire encore dans l'autre un danger pour les libertés fondamentales et la démocratie. Et ce dès le 1er tour. Pour ne pas prendre le risque de "se louper" comme un certain 21 avril 2002.
Jacky Fougeray - E-llico