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Sous pression, les comiques russes jurent de continuer blaguer

Pavel Dedichtchev monte sur la scène d'un bar à la mode de Moscou, attrape le micro et lance une blague sur Poutine. "J'ai sept anticorps du coronavirus. Bien sûr, ils sont fournis par le gouvernement, Vladimir Vladimirovitch me les a donnés!"

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Sous pression, les comiques russes jurent de continuer blaguer
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Mis en ligne le 25/10/2021

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"Il me les a donnés avant les élections, d'accord? Il en a donné douze aux services de sécurité!", poursuit ce barbu de 30 ans sous les rires du public, une cinquantaine de personnes, en majorité des jeunes.

L'humoriste Pavel Dedichtchev tourne en dérision les aides financières ponctuelles offertes par le président russe à la police et aux militaires avant les législatives de septembre, que l'opposition a jugé truquées. Dans son standup d'une quarantaine de minutes, il blague sur la corruption, la puissante Eglise orthodoxe et la Garde nationale, en première ligne dans la répression des manifestations.

Ce type de spectacles est en effervescence à Moscou et les vidéos de sketches engrangent des millions de vues sur YouTube. Un phénomène qui illustre l'appétit des Russes pour un humour caustique et non censuré, à l'inverse de celui diffusé à la télévision. 

Spectacles sous surveillance 

Mais depuis l'emprisonnement du principal détracteur du Kremlin, Alexeï Navalny, et la répression contre l'opposition et la presse indépendante qui a suivi, c'est au tour des humoristes d'être dans le viseur des autorités. Ces dernières ont commencé à s'intéresser de près à leurs blagues. Les comédiens concernés promettent de ne pas reculer, estimant que leur travail comble un manque cruel de voix critiques dans le pays.

"Soit on est en colère, soit on améliore son répertoire", résume Pavel Dedichtchev. Lui et ses collègues ont commencé cette année à apercevoir des membres des services de sécurité à leurs spectacles et à les voir filmer. "Nous ne pouvons pas leur dire de partir, alors nous les avons acceptés comme nos spectateurs les plus fidèles", plaisante-t-il.

A cause du nombre croissant de lois restrictives, telles que celle contre "l'offense aux croyants" ou celle contre la "propagande homosexuelle", les comédiens vérifient souvent leurs blagues avec leur avocat pour s'assurer qu'ils n'auront pas de problèmes.

Selon Tomas Gaïssanov, un organisateur de spectacles de standup, il est devenu courant pour les humoristes de recevoir des menaces. C'est notamment le cas pour les plaisanteries sur les différents groupes ethniques en Russie, un "sujet sensible" souligne M. Gaïssanov.

Les autorités russes ont expulsé en août un comédien bélarusso-azerbaïdjanais, Idrak Mirzalizadé, accusé d'incitation à la haine pour une blague sur la difficulté des personnes non slaves à trouver un appartement à Moscou. Une autre humoriste, Ariana Lolaïeva, a récemment publié des excuses filmées et en pleurs après avoir été critiquée sur les réseaux sociaux pour une blague sur la gastronomie de sa région d'origine, l'Ossétie, une république russe du Caucase. 

"Décompresser" 

Les incidents du genre se multipliant, le comique Kirill Sietlov a crée une chaîne Telegram documentant le phénomène. "J'ai de quoi écrire chaque semaine", dit-il. Après l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 1999, la satire politique sérieuse a été progressivement éliminée à la télévision, jusqu'à sa disparition.

Les spectacles dans les bars moscovites entretiennent cet humour grinçant. "C'est l'un des derniers endroits où l'on peut dire ce qu'on veut", soutient M. Sietlov. L'humoriste Vera Kotelnikova affirme ainsi pouvoir blaguer sur à peu près tout, dans ce contexte "démocratique". "Il est peu probable de finir en prison. Bien que cela reste une possibilité", révèle-t-elle.

Les comédiens interrogés par l'AFP estiment que les autorités vont multiplier leurs pressions, sans pour autant bannir totalement les standups. "Ils veulent que les gens décompressent quelque part et pas en dressant des barricades", explique M. Dedichtchev.

Dans son spectacle, il imite un policier qui met des amendes dans le métro pour non port du masque. Le "policier" finit par désigner des spectateurs qui sourient. "Si vous voulez sourire dans ce pays, mettez un masque!"

Rédaction avec AFP


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