Les Français déportés pour homosexualité - Nazisme

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Les Français déportés pour homosexualité

Comme Rudolf Brazda, mort mercredi, des milliers d'hommes ont été déportées en raison de leur homosexualité dans les camps de concentration nazis en Europe, dont une soixantaine de Français identifiés, explique l'historien Mickael Bertrand qui a dirigé un ouvrage collectif sur le sujet publié en 2011.

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Les Français déportés pour homosexualité
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Mis en ligne le 04/08/2011

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Triangles roses Déportation homosexuelle Rudolf Brazda

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Décès du dernier déporté pour homosexualité

Combien de personnes en Europe et en France ont été déportées dans les camps de concentration en raison de leur homosexualité ?

A l'échelle européenne, on accepte une estimation de 5.000 à 15.000, reconnue par le mémorial de l'Holocauste de Washington. En France, on a longtemps estimé ce chiffre à plusieurs milliers mais depuis nos recherches, il y a trois ans, on recense 63 déportés vraisemblablement pour motif d'homosexualité. Mais on n'a pas la preuve réelle qu'elles ont été arrêtées en raison de leur sexualité. On travaille au cas par cas. Il y en a vraisemblablement plus mais cela se joue à quelques dizaines. Ca ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu de déportés homosexuels pour d'autres motifs parce qu'ils étaient juifs, résistants...etc. On n'a aucun exemple de femme homosexuelle déportée pour ce motif en France. Il y en a quelques unes en Allemagne. Le lesbiennisme était moins visible et les nazis eux-mêmes ne le considéraient pas comme une déviance, tandis que l'homosexuel masculin gâchait à leurs yeux la semence nazie pour repeupler la race aryenne.

Les archives françaises mentionnent-elles ces déportations ?

Pas vraiment. Il faut se remettre dans le contexte de l'époque. Dans les années 20, 30, l'homosexualité était assez bien acceptée à Berlin et Paris, considérées comme des villes plutôt ouvertes sur cette question. Puis il y eut le coup de tonnerre de la fin des années 30. On en retrouve des traces, notamment une lettre d'un sénateur français se plaignant de ne plus savoir comment traiter les homosexuels dans le port de Toulon. La réaction du gouvernement à ce moment là est de dire qu'on ne peut pas faire de fichage ni les persécuter. On les attaque mais autrement (pour attentat à la pudeur, raccolage sur la voie publique, relations sexuelles avec des mineurs...).

Les déportés dont l'homosexualité a été la cause de déportation ont-ils été indemnisés ?

La sexualité est considérée dans le droit français comme quelque chose d'intouchable. Les historiens ont souvent accès à ces dossiers par dérogation. Plusieurs cas apparaissent. Jusqu'aux années 60 environ, l'homosexuel rentré des camps de concentration ne raconte pas et sinon, on ne l'écoute pas. Ensuite, certains ont fait des demandes d'indemnisation en sachant pertinemment que leur motif était leur homosexualité. L'administration française a refusé. Ensuite, ça a été le combat de Pierre Seel, décédé en 2005. C'est le seul déporté pour motif d'homosexualité qui se soit fait connaître et le seul connu à avoir été indemnisé à ce jour. Il a obtenu cette reconnaissance au début des années 90. Rudolf Brazda, que j'ai rencontré, était allemand.

(Mickael Bertrand "La déportation en France, débats d'Histoire et enjeux de mémoire", ed. Mémoire active)

Propos recueillis par Sandra Lacut

Source : AFP

> Précision concernant la nationalité de Rudolf Brazda

La rédaction a reçu la demande de précision suivant émanant du Secrataire de l'association Les Oublié-e-s de la mémoire Jean-Luc Schwab.

"Rudolf peut être considéré comme culturellement allemand et il est vrai qu'une certaine confusion a existé sur sa nationalité dans les documents administratifs du camp de Buchenwald.
Je n'aurais de cesse de le répéter: IL N'A JAMAIS EU LA CITOYENNETÉ ALLEMANDE
Il était d'abord sujet de l'Autriche-Hongrie, puis à la dislocation de l'empire un ressortissant tchécoslovaque, puis ressortissant du Protectorat de Bohème-Moravie, avant de retrouver sa nationnalité tchécoslovaque après guerre, jusqu'en 1947 où il choisit le statut d'apatride. Il a été naturalisé français en novembre 1960.
 
Je conviens qu'il n'était pas Français lors de sa déportation. Lorsqu'en 1988, il entreprend directement auprès de autorités allemendes de se faire indemniser, on lui oppose le fait que l'homosexualité n'est pas un motif qui est reconnu comme critère valable, mais chose plus importante, on fait valoir qu'il est depuis devenu Français et qu'il lui appartient donc de faire valoir ses droits auprès des autorités françaises, chose qu'il ne fit bien évidemment pas par gêne de ne pas maîtriser la langue suffisamment bien.
Pour autant sa retraite allemande comptait le temps passé en prison et au camp de concentration comme des "périodes travaillées" et à ce titre-là, il a partiellement été compensé, quoi que ce ne fut pas sous l'appellation "Wiedergutmachung" qui aurait prévalu pour une indemnisation de la période concentrationnaire.
 
Concernant Pierre Seel, il serait judicieux de préciser que si le titre de déporté lui a été accordé en application des textes qui assimilent les internés de camps tels que celui de Schirmeck à des déportés, ce sont des déportés politiques. Dans le dossier son concernant à Caen que j'ai eu entre les mains pas plus tard que la semaine passée, il est bien dit que la raison de sa déportation est liée à son homosexualité, mais qu'il a le titre de déporté politique et non de déporté pour homosexualité".

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